A l’époque des sitcoms thématiques et des blogs, de l’autofiction et de l’antifolk, il est définitivement devenu trop ringard, trop culturellement indécent de qualifier une musique, a fortiori pop ou rock, de « cinématographique ».
Et pourtant, on va faire une exception pour évoquer les cinq titres de la démo d’Esthésie, par égard pour leur ambiance capiteuse et captivante, et pour l’intuition qu’elle suscite, indescriptible, d’un tout articulé en grands volets.
Sur le disque, les morceaux en s’enchaînant semblent en effet obéir à une volonté supérieure, concentre à chaque point de jonction les enjeux d’un formidable programme, comme les entraînements de cause à effet dans le roman ou le film. Et pourtant, les morceaux d’Esthésie se montrent bien différents les uns des autres, jusqu’au hiatus. Ici, les lignes de violoncelle d’un post rock quasi monumental avoisinent la mélodie d’une power pop obsessionnelle ; là, un duo masculin/féminin succède au spoken word.
Qu’importe, cette pluralité des tons ne fait que renforcer le sentiment de cohésion générale, emprunt de mélancolie et d’une conscience aiguë de cette fatalité poisseuse, à couper au couteau, qui rend les héros magnifiques.

Marie Daubert
(Magic ! Juin 2005)